Savoir s’écouter dans le sport : vers une approche bienveillante

10 Fév 2021 | Développement personnel, Entrainements, Recommandés

Beaucoup de sportifs et ce, peu importe leur niveau, confondent à mon sens, dépassement de soi et comportement toxique. Et par-là, je fais allusion à toutes ces expressions véhiculées dans le milieu sportif que l’on retrouve surtout sur les réseaux sociaux, parmi elles : « marche ou crève », « no pain no gain » ou encore « go hard or go home ». Ces locutions incitent et insinuent que l’entraînement doit forcément rimer avec souffrance et que l’on doit ignorer la douleur… Mais alors, êtes-vous d’accord avec ça ?

LES INJONCTIONS SOCIÉTALES

Pour beaucoup, avoir mal, pleurer ou abandonner est quelque chose d’honteux, quelque chose qui relève de la faiblesse. Ici, c’est l’égo qui parle. Un égo bâtit sur des fondations culturelles, qui ne prennent nullement leur essence dans notre vraie nature humaine. On sait que l’égo est simplement une projection souvent biaisée de nous-même mais qui, en aucun cas, définit qui l’on est réellement.

Si l’égo prend une place trop importante dans notre pratique sportive alors on s’éloigne de nos vrais ressentis et des signes que nous envoie notre corps. Notre corps nous parle énormément, chaque douleur et gêne sont des signaux qui nous sont envoyés afin que l’on comprenne quelque chose. L’idée n’est alors pas de s’arrêter aux symptômes et de vouloir les traiter ou parfois mêmes les ignorer, mais plutôt de comprendre leur origine afin d’éviter qu’ils reviennent. D’ailleurs, leur origine prend souvent leur source dans notre psyché avec des origines psycho-émotionnelles. Alors rester dans un comportement égotique et figé par des dogmes sociétaux, ne nous permet pas cet approche d’écoute bienveillante et d’accueil.

Une fois cet égo mit en sourdine, vous comprendrez que l’ensemble de vos émotions est votre plus grande force, ce sont elles qui vous définissent ; et en les acceptant une à une, vous apprendrez à mieux vous connaître et surtout à trouver la paix intérieure. Cette acceptation permet justement d’aller beaucoup plus loin dans la douleur, les sportifs d’ultra endurance ou d’ultra marathon, ont justement cette capacité mentale de compréhension et d’acceptation de la douleur qui est très intéressante. Cela leur permet de courir et marcher plusieurs jours d’affilée en cohabitant avec la douleur.

Pour aller plus loin dans cette thématique et comprendre cette philosophie, je vous recommande l’excellent podcast de Métamorphose : #104 Malek Boukerchi (ultra-marathonien) : Aller au bout de ses rêves, dépasser ses peurs !

La thérapie ACT pour se libérer de la douleur

Avec l’expérience, j’ai compris que ces points de vue autour de la douleur et de la souffrance étaient complètement contraires à une approche bienveillante et dans le respect de soi et ce, pour plusieurs raisons. La première est que l’on peut être dans un entraînement intensif et dur, sans pour autant devoir se dire que « la douleur n’existe pas, elle est dans ta tête ». Au contraire, je pense qu’il est extrêmement important de comprendre que la douleur est inhérente à une pratique intensive et que, plutôt que de vouloir la refouler, il faut l’accueillir et l’accepter

Cela va permettre un alignement mental et physique où vous arrêterez d’être dans cette dissociation qui est à bannir absolument. Le fait d’accepter et de comprendre que vous ne faites qu’un avec votre corps physique et votre corps mental vous permettra d’aller beaucoup plus loin dans cette « douleur » car vous arrêterez de la voir comme quelque chose à réfréner ou quelque chose associé au mot « faiblesse ». La force demeure justement dans la façon de dompter la douleur, en la respectant et en cohabitant avec. Cela nous amène donc à un pilier fondamental de la psychologie positive : l’acceptation de ses émotions et de ses ressentis

J’aimerais alors vous parler de la thérapie ACT (acceptance and commitment therapy, thérapie d’acceptation et d’engagement – en français). J’aime énormément cette thérapie puisqu’elle va me permettre d’illustrer mon propos et qu’elle coincidence avec mon rapport à la douleur ainsi qu’à ma vision des choses sur le sujet.

C’est une approche nord-américaine qui nous vient des travaux scientifiques de Steven Hayes. Concrètement, cette psychothérapie vieille de vingt-ans se base sur le fait que pour se libérer de la douleur, il faut l’accepter. Elle est appliquée et utilisée dans de nombreux cas de troubles psychologiques afin d’aider les personnes à mieux gérer leurs symptômes et leurs douleurs.

Cette thérapie mêle plusieurs notions déjà existantes :

  • La méditation en pleine conscience
  • L’activation comportementale (technique psychothérapeutique recommandée dans le traitement de la dépression)
  • Les nouvelles méthodes d’analyse du langage et de la cognition

Accepter serait donc l’antidote à la douleur. Mais attention aux amalgames… « accepter », ne veut pas dire se résigner ou abandonner son combat, au contraire, cela signifie qu’une autre approche et un autre rapport à la douleur est possible. C’est au contraire, y faire face, lui laisser une place sans chercher à la fuir pour au final l’apprivoiser. Il est alors tant de cesser la lutte, d’accepter que vous ne pouvez pas changer les choses mais que vous avez le pouvoir d’aller mieux uniquement par la pensée dans votre façon d’aborder la situation.

« La thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) repose sur des acquis récents de la psychologie suggérant que des stratégies centrées sur le contact avec le moment présent et l’acceptation de ce qui est éprouvé, pensé et ressenti peuvent utilement compléter les approches classiques visant plus directement des modifications cognitives et comportementales. Ce n’est qu’en acceptant ce que nous ne pouvons pas changer que nous réussissons à dégager les ressources nécessaires pour agir là où c’est possible afin d’orienter notre vie dans le sens des valeurs qui nous sont chères. L’ACT nous apprend à donner à nos pensées et à nos émotions douloureuses la place qui leur revient car elle considère que les efforts pour éviter la souffrance inévitablement liée à la condition humaine jouent un rôle de premier plan dans le développement et le maintien d’un large spectre de psychopathologies. »

Dr Philippe Vuille

En résumé, l’ACT favorise la flexibilité de l’individu en l’aidant à volontairement accepter ses émotions et ses pensées négatives. Celles-ci doivent lui permettre de comprendre réellement qui il est et lui permettre de s’accepter dans sa pleine intégrité.

Cette approche intègre la « pleine conscience » qui est largement répandue en méditation. Cela consiste à porter son attention sur l’instant présent, au lieu de fonctionner tête baissée avec toujours des pensées concentrées sur le futur ou le passé. Cet exercice est excellent pour lâcher prise et se débarrasser de l’anxiété, il permet aussi d’avoir une (re)connexion à soi.

Pour en savoir plus sur cette thérapie, vous pouvez cliquer ici.

Mon expérience dans le milieu sportif

Pendant longtemps, je n’ai pas compris ça, je fonctionnais en mode pilote automatique, je ne voulais jamais adapter mes séances et encore moins accepter que j’aille moins bien certains jours… J’étais raidi dans un schéma mental que je m’étais crée où je pensais qu’un athlète devait forcément exécuter ce qu’on lui demandait, sans jamais se fier à ses ressentis. Ce processus m’a fait rentrer dans des dénis et des refus de voir que j’allais mal. Je ne voyais plus tous les signaux annonciateurs que mon corps m’envoyait.

Quand mon corps était fatigué et ne pouvait pas répondre aux exigences chronométriques, je m’énervais et je gaspillais inutilement de l’énergie en m’agaçant – au lieu de simplement accepter mes sensations du moment. Toute cette énergie négative que je renvoyais m’éloignais toujours un peu plus d’un état de bien-être intérieur. Pour moi, uniquement la performance comptait et je ne devais jamais écouter mon corps, ni mes sensations mais simplement les chiffres du chronomètre. Erreur fatale qui m’aura coûté un burn-out en 2017.

Ces expériences m’ont amené par la suite à redéfinir mon approche et ma vision de l’entrainement. J’ai grandi et compris que l’entrainement était quelque chose de très théorique mais surtout très éloigné de la réalité du terrain. Les fameux grands principes d’entrainement ne restent jamais que des principes, et doivent avant tout, être individualisés et adaptés au jour le jour, en fonction de l’individu en prenant compte son environnement : fatigue, stress, douleur…

Je suis donc passée par ce qu’on appelle une déprogrammation mentale afin d’établir de nouveaux schémas de pensés plus en accord avec moi-même. Ce travail est long et doit passer par un accompagnement psychologique individualisé afin de comprendre les axes à améliorer et identifier les comportements autodestructeurs. Ces changements m’ont apporté une sérénité, un calme et un lâcher prise que je n’avais jamais connu auparavant. J’ai appris à être moins dure envers moi-même, à m’aimer et à être en phase entre mon esprit et mon corps. Mens sana in corpore sano. Désormais, j’applique la méthode d’acceptation et d’accueil des émotions au quotidien.

quelques conseils pour faire du sport dans la bienveillance de soi :

  • Si vous êtes patraque, que votre intuition vous dit de ne pas vous entraîner ou que vous ressentez des douleurs : le repos sera toujours plus bénéfique qu’un entraînement réalisé dans de mauvaises conditions. Le cas échéant, vous risquez de créer une sur-fatigue supplémentaire inutile qui pénalisera sans doute le reste de votre semaine d’entraînement alors l’option repos n’est jamais une mauvaise idée ! J’ai pu rentré dans plusieurs cycles de fatigue chronique et je vous déconseille d’en faire l’expérience 😉…
  • Si vous êtes blessé, ne pensez pas gagner du temps en voulant reprendre trop tôt ou trop vite votre activité. Écoutez votre professionnel de santé et ne vous prenez pas pour un super héros (l’égo doit se calmer 😇). Pour l’anecdote personnelle, lorsque que je me suis déchirée l’ischio, je m’entêtais à marcher dessus malgré la douleur et malgré l’avis du kiné; résultat : 2 récidives. A noter qu’une récidive est souvent plus grave que l’origine première du problème ! Alors soyez raisonnable…
  • Ne jamais s’en vouloir et s’énerver si vous ratez une de vos séances ou si vos jambes ne répondent pas. A part rajouter du stress et des ondes négatives, cela ne changera rien. Pour aller mieux, accepter absolument tous les états de votre corps : fatigue ou forme olympique. C’est une étape qui m’aura pris pas loin de cinq ans avant d’être complètement intégrée et appliquée, mais aujourd’hui, je me sens alignée avec mon corps.
  • Ne pas vouloir en rajouter. Gardez en tête qu’il faut toujours privilégier la qualité à la quantité, j’ai des exemples plein en tête d’athlètes super performants qui pourtant n’avalent pas des quantités astronomiques de kilomètres par semaine ou qui privilégient des allures lentes hors séances spécifiques. Alors ne cherchez pas à vous comparez ou vous rassurez mais écoutez simplement votre corps et votre entraîneur ! Bien souvent c’est votre égo qui parle à l’entraînement… (toujours là celui-ci, déconnectez-vous de Strava et ça ira mieux je vous assure 🤫 !)

voir aussi :

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Partager cet article :